Le point de vue d’une gynécologue

Hélène Dupont est gynécologue à Strasbourg. Elle a essentiellement une activité chirurgicale et prend en charge, entre autres, les incontinences urinaires et les prolapsus des femmes jeunes et âgées.

C’est principalement autour de la ménopause, vers 40-50 ans que les femmes en parlent le plus facilement à leur gynécologue. 
Les gynécologues médicaux s’en tiennent au simple dépistage, ils ne traitent pas le problème mais c’est déjà beaucoup.

En ce qui concerne l’incontinence qui survient après l’accouchement, c’est d’autant plus difficile que la femme voit son image de soi, déjà altérée par la maternité, affaiblie par les problèmes de fuites. 
Une période de déni s’en suivra avant la phase d’acceptation ou de prise en compte de sa propre image. Pour pouvoir en parler et commencer le traitement, il faut l’accepter soi-même. 
Finalement, cela arrive presque à tout le monde.


Témoignage de Christiane

« Je n’ai jamais parlé à personne de ça sauf à mon médecin.
Quand ça a commencé, j’avais 23 ans. « 

Mon quotidien

Je me lève très tôt le matin. Je mets de l’ordre dans ma maison. Je vais beaucoup sur Internet pour tout et je téléphone beaucoup à mes amis et ma famille. 

Ma situation

Pendant la 1ère année, j’avais du mal à prononcer le mot. J’avais du mal à l’accepter.Pour moi ce dont je souffre ce n’est certainement pas de l’incontinence.Pour moi je préfère le mot fuite. 

Je ne parle pas de cela parce que c’est intime, c’est vexant et on n’a pas envie que les gens, même les gens très proches, s’en aperçoivent.

Je n’ai jamais parlé à personne de ça sauf à mon médecin.Quand ça a commencé, j’avais 23 ans. J’ai d’abord eu des jumeaux et en suite j’ai eu mon 3ème un an et demi après, c’était très rapproché. J’étais toute seule pour m’en occuper car mon mari était absent 8 mois par an. J’étais très fatiguée. Je n’ai pas pris soin de moi.

Cela a donc commencé avec ce dernier accouchement. Je me disais que ça allait passer. Je me donnais l’excuse de l’accouchement. Le médecin me disait : « ne vous inquiétez pas, tout va redevenir dans l’ordre.»

Après quand j’ai vu que ça continuait j’ai insisté et on m’a donné des cours, des exercices. J’en souffrais surtout quand je riais ou en toussant. 

Je mettais des serviettes hygiéniques mais ce n’était pas suffisant. Mais au niveau moral c’était pas facile. Quand je riais ça venait et je ne pouvais plus l’arrêter.

Avec le temps, la chose s’est installée en permanence.Je prenais des serviettes hygiéniques dans mon sac mais c’était insuffisant.


Témoignage de Claudine

« J’ai 50 ans et un enfant. Après mon accouchement j’ai fait de la rééducation avec un kiné. J’avais du mal à récupérer, j’avais eu une épisiotomie. »

Mon quotidien

Je suis à la recherche d’un emploi, cela me prend beaucoup de temps. Je m’occupe de mon fils. 

Ma situation

C’est le mot incontinence pour moi. En plus j’ai été habituée à le dire dans mon travail d’aide soignante, alors pour moi ce n’est pas un mot tabou.

Cela a commencé en 92. J’avais 32 ans. Après mon accouchement j’ai fait de la rééducation avec un kiné. J’avais du mal à récupérer, j’avais eu une épisiotomie.

Donc mon accouchement a créé une fragilité de ce point de vue chez moi. Mais après cela s’est plus ou moins arrangé. 

Mais après j’ai passé mon diplôme d’aide soignante et donc j’ai travaillé dans des maisons de retraite et des foyers pour poly handicapés, et là j’ai beaucoup porté de charges, et à une époque j’ai eu une allergie au pollen qui me faisait beaucoup tousser et à chaque fois que je toussais j’avais des pertes importantes.

C’est quand je toussais ou riais que j’avais des pertes importantes… 

J’ai laissé passer 3 ans. Pendant ces 3 ans (jusqu’à l’âge de 36 – 37 ans) j’avais des fuites occasionnelles quand je toussais ou je riais ou je portais quelque chose d’un peu lourd, mais je n’y prenais pas garde parce que j’étais jeune et je ne pensais pas que ça allait s’installer en moi.

J’en ai parlé à mes parents mais c’est tout. Je n’en ai parlé à personne d’autre. Finalement quand ça a augmenté, quand les fuites sont devenues de plus en plus fréquentes j’ai consulté mon médecin. Ça devenait trop pénible. Je devais rentrer chez moi dans la journée pour me changer ou annuler des sorties par peur. 

J’utilisais des protections qu’on utilise pour des périodes de règles. Parfois j’en mettais plusieurs. Je mettais aussi parfois plusieurs sous-vêtements, des couches superposées. Cela m’obligeait aussi à prendre beaucoup plus de douches, à avoir une hygiène plus forte.

Je ne me voyais pas mettre des changes complets. Je me disais : « Je suis jeune, je ne vais pas mettre des couches à cet âge-là ». Je me suis dit que finalement bien sûr c’est handicapant mais il y a pire. Après tout, tout le monde a quelque chose.


Témoignage de Jacques

« C’est arrivé il y a 10 ans, j’avais 70 ans. J’étais au dancing en train de danser le tango et puis d’un seul coup j’ai eu envie d’uriner et je n’ai pas pu me retenir. »

Mon quotidien

Je fais mes courses le matin et puis je me fais une petite cuisine. Après je fais les courses pour le soir. Ça passe vite.

Ma situation

J’appelle ça la vieillerie ou l’incontinence, ça va avec l’âge, j’ai des problèmes pour me retenir. Je dois me protéger pour pouvoir continuer à sortir. 

C’est arrivé il y a 10 ans, j’avais 70 ans. J’étais au dancing en train de danser le tango et puis d’un seul coup j’ai eu envie d’uriner et je n’ai pas pu me retenir. Alors je suis rentré chez moi en vitesse. J’avais envie de me changer et de me mettre au sec. Ça ne s’est pas vu. Je me suis dit que la prochaine fois je prendrai mes précautions.

J’en suis venu à m’acheter des protections, j’avais vu une réclame à la télé. Au début, les petites protections suffisaient mais au bout de quelque temps ça ne suffisait plus. Je suis allé chez le médecin, il m’a dit qu’il fallait se protéger et aller voir mon pharmacien. 

Si ce n’est pas de bonne qualité avec l’urine, ça fait tout de suite du poids, ça ne maintient pas, c’est important, la qualité.


Témoignage de Florence

« C’était le choc même si malgré tout je pouvais me douter que ça puisse m’arriver. Au début à chaque fois que je toussais j’avais une fuite. Et ça a duré quelques jours … »

Mon quotidien

Première partie le matin, dernière rentrée le soir. J’aime bien dormir donc je pars au tout dernier moment le matin. Je pose les enfants à l’école, je file au boulot après je rentre vers 18h – 18h30, je travaille avec les enfants, prépare le dîner, après une fois que tout cela est bouclé je mets le frein à main et je m’assoie.

Le moment le plus agréable dans la journée : les moments à 4 en famille, il y a toujours des choses drôles à se raconter, ce sont les bons moments

Ma situation

Incontinence, je ne l’appelle jamais autrement. 

Je n’ai pas de date précise, ça fait 4-5 ans, j’avais 44 ans, j’ai eu une grosse infection et des fuites à ce moment-là. C’est la toux qui les provoquait. La première fois je l’ai très mal pris. J’étais ici à la maison. Je me suis dit : « qu’est-ce qui m’arrive ? ».

C’était le choc même si malgré tout je pouvais me douter que ça puisse m’arriver. Au début à chaque fois que je toussais j’avais une fuite. Et ça a duré quelques jours … 

J’ai mis des serviettes périodiques. Je n’en ai parlé à personne. 

J’ai arrêté de mettre des serviettes périodiques pour prendre des serviettes adaptées fuites urinaires. Je me suis dit qu’il y avait peut-être une meilleure absorption ce qui est le cas. 

Je fais attention au maintien, à l’épaisseur. Il y a une séparation jour / nuit. C’est bien fait. Maintenant, je suis tranquille.

 


Si vous connaissez quelqu’un qui est dans cette situation, notre infirmière conseil est disponible en toute discrétion au numéro vert :

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